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TIFRA TIGZIRT SUR MER ( Tansa-Tifra)

PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT

16 Janvier 2016 , Rédigé par Malik Tifra

PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT

PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT

  • TIFRA :

INTRODUCTION
Les documents servant à connaître la protohistoire (période de transition entre la préhistoire et l’histoire, c’est-à-dire le temps compris approximativement entre le IVe et la moitié du Ie millénaires avant J.-C., selon les régions) sont d’une part des monuments, d’autre part des récits rapportés par des historiens antiques. Pour qui souhaite connaître, sinon comprendre, l’art rupestre préhistorique et protohistorique dans notre région comme partout ailleurs en Afrique du Nord-Sahara, des interrogations surgissent, toujours les mêmes : quand et où telle forme d’art, gravé ou peint, telle manière de représenter, tel style est-il apparu ? Pour la première, faute d’avoir encore trouvé (sans doute jamais, les gouverneurs des provinces nord-africaines n’étant pas disposés à éclairer le fanal du cimetière destiné à recevoir le corps en cours de décomposition de notre histoire) le moyen sûr et fiable de donner un âge absolu à une œuvre rupestre, on est réduit à des conjectures ou à des spéculations fondées sur des analyses iconiques, sur des comparaisons, des recoupements graphiques, des analyses de superpositions et sur l’observation de différences colorimétriques.


La deuxième question est également difficile à résoudre : si l’on peut déterminer les caractères qui définissent un style rupestre, c’est-à-dire, selon Le Grand Robert, « une manière particulière, personnelle ou collective, de traiter la matière et les formes en vue de la réalisation d’une œuvre d’art », sa délimitation dans l’espace reste toutefois fort délicate.


Cet art rupestre représente-t--il un univers mental symbolique, métaphysique ou simplement récréatif ? Les thèmes établissent-ils une relation intellectuelle avec une personne, une divinité, un concept, une chose et non pas la ressemblance d’une image ? Lever quelque peu un coin de l’épais voile de mystère qui entoure ces représentations est un travail titanesque qui exige des moyens humains et financiers considérables et surtout une volonté inébranlable. Nous sommes conscients que notre action relève du domaine du ‘’bricolage’’, mais elle a le mérite, nous semble-t-il, d’interpeler qui de droit et de montrer cette face cachée de notre patrimoine.
Le relief de la région (d’Aït Iften à Taqsevt en passant par Tifra) n’est pas du type karstique, en revanche, il possède de nombreux abris sous roche (les deux rives d’ighzer n Hassan jusqu’à Lqel3a, Ifran sur la rive droite d’ighzer n Sahel et ceux situés en amont de la confluence d’ighzer Amezzyan et d’ighzer Amuq°ran de Tifra, Tiqenturt n Tfuzelt…) susceptibles d’’’heberger’’ des preuves de la présence humaine des temps préhistoriques et protohistoriques. Nous portons à la connaissance des gens curieux quelques-uns des sites fort intéressants de la région identique.

DES INDICES POUR LA CHRONOLOGIE

Dès lors que l’on ne possède pas de moyens sûrs et fiables de donner un âge absolu à une surface rocheuse ornée de gravures ou de peintures, on est réduit à réunir des faisceaux d’indices indirects qui aident à établir une périodisation de l’art. On estime, par exemple, que telle œuvre est postérieure ou antérieure à telle autre en appliquant les principes généraux de la stratigraphie aux superpositions apparentes des œuvres par recoupements ou entrecroisements des traits gravés par addition de couches picturales qui se recouvrent plus ou moins. La nature des sujets représentés peut également indiquer une ancienneté relative. Enfin, les cortex, les patines ou les crasses naturelles qui recouvrent les surfaces rupestres et dont on tâche de déceler l’ancienneté relative par la couleur – les teintes sombres étant plus âgées que les teintes claires – et par divers moyens physiques, chimiques et microbiologiques, au laboratoire, peuvent donner des indications.

Tout cela aide, bien sûr, à déterminer une chronologie relative de l’art, mais on reste loin d’un accord entre les spécialistes, selon que les uns et les autres privilégient plus ou moins tel ou tel critère.
La datation des cinquante deux sites kabyles, étant donné la médiocrité des documents, est trop aléatoire pour être objective. En revanche, il importe de ne pas négliger leur valeur qui est de contribuer à la connaissance du passé de la Kabylie.

SITES DE TIFRA

L’exploration de la zone géographique délimitée à l’Ouest par l’asif Isser, au Sud par l’axe routier Palestro-Tuvirett-Tazmalt, et à l’Est par la Soummam, a révélé une partie nord particulièrement riche en abris ornés, alors que les régions situées au Sud de l’asif Sebaou se sont avérées quasiment stériles. La zone délimitée par Tasalast-Aït Iften-Makouda-Boudjimaâ-Tifra-Taqsevt abrite la moitié (26) des sites mis au jour en Kabylie. Les découvertes sont de qualité inégale. À l’exception du site d’Ifigha (Ifri n Ddellal ou d’Awrir) découvert en 1909 par Saïd Boulifa, Ifran de Tifra sont les plus riches en caractères libyques mais ne comportent pas de peintures rupestres bien qu’ils présentent des conditions propices à l’ornementation. Les abris de Tifra offrent des conditions d’habitations valables (accessibilité, surface habitable, exposition, protection) et se trouvent dans un environnement favorable (rivières, nature giboyeuse…). Ils ont été utilisés comme greniers à fourrage et, en hiver, comme abris temporaires aux bergers jusqu’aux années 1970.Les cendres du passé y sont encore chaudes…


Des questions viennent naturellement à l’esprit :
- Au contact de qui ont-ils appris le libyque ?
- Combien de temps sont-ils restés sur place ?
- Ont-ils des contacts avec leurs voisins, notamment avec ceux du site d’ighzer n Hasan (en contrebas de Tazebbujt à l’orée de Mizrana) ?
- Les inscriptions sont-elles des messages et de quelle nature ?
L’état actuel des recherches relatives au libyque ne permet pas de déchiffrer ces inscriptions :
- Valeur incertaine de quelques caractères
- Mots non séparés
- Gémination non pratiquée
- Le libyque est exclusivement formé de caractères consonantiques (pas de voyelles)
- Et surtout parle-t-on la même langue aujourd’hui qu’il y a plus de 2000 ans ? Les mots naissent, vivent, meurent mais aussi s’adaptent, mutent, divergent, selon un ‘’darwinisme culturel’’ permanent. Les mots évoluent avec les connaissances, les mentalités et les situations nouvelles, et seules les choses immuables (terre, ciel, soleil..) échappent, en principe, aux évolutions langagières. Le vieux fonds libyque nous a laissé par exemple :
- U (fils au singulier)
- GLD (agellid, ‘’roi’’. Dans cet exemple, le ‘’L’’ n’est pas géminé, i.e le double ‘’L’’ n’est pas marqué).


Les découvreurs des cinquante sites kabyles font remarquer qu’ils se superposent à ceux des sites préhistoriques et qu’ils occupent tous, sauf trois, des massifs de grès numidiens (appellation géologique locale appliquée à la Tunisie et à l’Algérie du Nord, d’époque Oligocène débordant sur le Miocène, i.e. 34-16 millions d’années). Ils notent aussi la pauvreté de l’inspiration artistique de nos ancêtres protohistoriques, contrairement aux ‘’peintres’’ du Tassili. En revanche, ces peintures locales sont bien comparables à celles des régions septentrionales de l’Afrique du Nord, tant par les sujets représentés que par les inscriptions libyques. Cette parenté indéniable confirme l’unité de civilisation et de langage de Tamazgha du Nord. Nous retrouvons ces motifs (mains, pointillés, croix) encore usités de nos jours en Kabylie (poterie, tatouage, pratiques magiques).

IFRAN
Ce site est situé au confluent (que l’on appelle Amyager et Taneqqact Aaza dans sa partie Sud, que l’on appelle aussi communément Ifran) d’ighzer n Sahel et d’ighzer Amuq°ran qui forment ighzer n Temda ou ighzer n Fer3un. Sur la croupe qui sépare les deux ighezran se dresse un amoncellement d’énormes rochers de grès numidien. Ces rochers au grain fin présentent de nombreux abris exposés presque tous au Nord-Ouest et à l’Ouest. Les éboulis gréseux au milieu de limon rubéfié (rendre rouge par l’action d’un agent) reposent sur un socle schisteux. Parmi ces nombreux abris découverts, trois sont ornés (caractères libyques) que les inventent ont appelés Ifran I, II et III.

Les caractères libyques sont identifiés selon les indications de l’abbé J.-B. Chabot. Il a réuni les inscriptions libyques en un corpus intitulé ‘’Recueil des inscriptions libyques’’, 1940-1941, avec une riche bibliographie. Sur les problèmes posés par leur déchiffrement, il convient de consulter, pour les curieux d’esprit, G. Marcy, ‘’Les inscriptions libyques bilingues de l’Afrique du Nord’’, Cahiers de la Société asiatique, fascicule V, 1936, et J.-B. Cabot, ‘’Fantaisies libyques’’, dans R.A., 1937, et enfin G. Marcy, ‘’Épigraphie berbère (numidique et saharienne)’’, dans A.I.E.O., t. II, 1937.

IFRAN I

L’abri d’Ifran I se trouve sur la face Nord d’un énorme rocher reposant sur une plateforme d’accès facile et d’environ 35 mètres carrés de superficie. Il mesure 6 m de long, 4 m de haut et 2,50 m de large à la base. La paroi est régulière et lisse.
Les peintures sont réalisées à l’ocre rouge délavé et à l’ocre rouge foncé. La paroi est ornée en son centre d’inscriptions libyques dont certaines sont illisibles et de trois dessins (voir dessin Ifran I).

Description :

1ère ligne : libyque vertical : deux caractères libyques : M et H. Un troisième au-dessus a pour valeur N. Un quatrième caractère isolé a pour valeur ‘’CH’’.
2ème ligne : elle a quatre signes dont le premier est très abîmé et difficilement interprétable : ( ?), N, T, R.
3ème ligne : elle a seize signes partiellement lisible (libyque vertical) : L, N, G ( ?), Z, point (de séparation ?), signe difficilement interprétable, Z, point (de séparation ?), Z, B, signe difficilement interprétable, R, B et sur sa droite, signe difficilement interprétable, N, signe difficilement interprétable, et détaché du groupe un H (le ‘’H’’ en libyque vertical se répète dans les première, troisième, quatrième et septième lignes avec la troisième barre horizontale légèrement plus longue que les deux autres. Cela élimine l’interprétation des trois barres comme étant U / W et Z)
4ème ligne : elle a cinq caractère : U / W, ( ?, un rond plein difficile à distinguer : B ou R), I / Y, signe difficilement interprétable, T spirant selon Afelkou (caractère libyque horizontal rarement relevé en Kabylie).
5ème ligne : elle se compose de trois groupes nettement séparés (à l’échelle 1) et les uns au-dessus des autres.
Premier groupe, en bas (libyque vertical) : U / W, Z, point (de séparation ?), Z, deux caractères illisibles, mais en libyque horizontal, ils ont la valeur de I / Y.
Deuxième groupe, au-dessus de la silhouette (libyque vertical) : ‘’CH’’, K, ‘’CH’’, H.
Troisième groupe du haut (libyque vertical) : H, S, Z, D.
6ème ligne : elle comprend deux groupes séparés par une main : [( ?), ( ?) les deux premiers caractères presque effacés sont illisibles], puis : U / W, N, K, N.
Troisième groupe supérieur : H, H, D, U / W, L, ‘’CH’’.
7ème ligne : elle comprend deux lignes :
Premier groupe du bas : R, N, N, I / Y, H.
Deuxième groupe du haut : I / Y, G, point (de séparation ?) ou Z ?, M.
8ème ligne : elle se compose de deux groupes légèrement décalés sur la verticale.
Premier groupe du bas : D, Z, M, B, Z, N, D, N.
Deuxième groupe du haut : M, S, H, S, N.
9ème ligne : elle comprend un groupe en haut et à droite : signes difficilement interprétable où l’on peut voir quatre lignes horizontales mais largement écartées, puis deux derniers caractères distincts/ N et ‘’CH’’. Quant aux deux premières lignes, on peut suggérer : Z, Z. Pour le troisième caractère (deux lignes horizontales) : L.

Au milieu de la cinquième ligne trône une silhouette (humaine ?) très délavée constituée par une ligne épaisse, longue de 13 cm et de deux bras en croix de 10 cm. Elle n’a ni tête distincte ni jambes apparentes.

Au milieu de la paroi, entre les deux groupes de la 6ième ligne, on aperçoit l’empreinte vraisemblablement d’une main (absence du pouce) de 18 cm de haut sur 10 cm de large.

Enfin, au-dessus du premier groupe de la 8ième ligne, on voit une silhouette humaine normale : tête bien ronde, bras en croix et jambes écartés. Elle mesure 11 cm de haut et 8 cm d’envergure.

Remarque:

- Le libyque vertical se lit de bas en haut et le libyque horizontal, de droite à gauche.
- Au Sahara, les caractères libyques sont un mode d’écriture apparu pendant la période caballine (ou « équidienne »), c’est-à-dire dans la protohistoire. Personnages schématiques filiformes typiquement libyco-berbère : début vers -1000 (H. Lhote et Alfred Muzzolini), ou vers -800 pour Malika Hachid.
Le lieu de séjour dans un abri sous roche est appelé, en tamaceght, timecghal.
- Cette paroi (Ifran I) ornée, par l’importance et la longueur des inscriptions libyques et la plus importante en Tamazgha du Nord après celle d’Ifigha (Azazga).
- On relève l’usage du ‘’H’’ (H aspiré, représenté par trois petits trais parallèles tracés horizontalement) final d’un mot libyque dans de nombreuses inscriptions bilingues dont la présence est intrigante. Les spécialistes en linguistique berbère relèvent qu’il s’agit d’une représentation purement conventionnelle, sa valeur phonétique éventuelle faisant l’objet de controverses anciennes et durables. Plusieurs auteurs y voient une voyelle, d’autres un marqueur final de mot ou de séquence, sans valeur phonétique propre, d’autres enfin, une articulation constrictive ‘’postérieure’’, pharyngale ou laryngale… quoi qu’il en soit, il ne fait pas de doute, ne serait-ce qu’en raison de sa fréquence tout à fait exceptionnelle en position finale (Lafuente G., ‘’Le rôle du signe H dans les inscriptions libyques’’, Revue Africaine, 101, 1957), que cette lettre, du moins dans cette position, doit souvent être une pure convention graphique sans valeur phonétique.

- Le ‘’N’’ est un phonème et une lettre (caractère) de très haute fréquence en tamazight car il correspond à plusieurs morphèmes (unités grammaticales) omniprésents :
-préposition (‘’de’’, génitif), affixe déictique, nominal et verbal (éloignement par rapport au locuteur : awi-n),
-affixe, pronominal et verbal, du pluriel (izamaren),
-marque suffixale du participe verbal (argaz yeççan),
-marque préfixale du verbe, indice de la première personne du pluriel (neçça),
-préfixe dérivationnel, verbal et nominal (nefk, ‘’être donné’’), (anazum, ‘’jeuneur’’).
Le ‘’N’’ de l’alphabet libyque fait partie du petit nombre de caractères qui n’ont pas connu de modification de forme depuis l’Antiquité (il a la même forme – trait vertical ou horizontal- dans le libyque oriental, occidental et dans toutes les variantes des tifinagh du Sud).

IFRAN II

À une encablure du site IFRAN I, surplombant la rive droite d’ighzer n Sahel, se dresse un très gros rocher. Il porte sur son flanc Ouest une véritable caverne d’accès difficile et dominant le sol d’une hauteur de quelque 5 mètres. Cet abri, aux parois sèches et relativement lisses, mesure 6 m de long, 3,50 m de hauteur et 2,50 m de profondeur. Il servait de remise à fourrage. Le sol est plat et se prolonge vers l’extérieur par une étroite plate-forme formant balcon. Au niveau du sol et dans un coin, un boyau étroit traverse le rocher et débouche sur la face Est.

PEINTURES

Elles sont réalisées à l’ocre rouge assez foncé. On distingue cinq groupes de caractères libyques. Les deux lignes extrêmes de droite et de gauche sont très relativement bien conservées et lisibles. En revanche les trois autres lignes centrales sont partiellement effacées par l’érosion. Il convient de noter que la quatrième ligne est disposée dans le sens horizontal, ce qui est assez exceptionnel pour les inscriptions rupestres.


1er groupe : à gauche d’une tache allongée et verticale, on voit deux lignes de caractères que l’on peut lire (voir photo Ifran II) :
- Ligne de droite de bas en haut : B, N, N, C.
- Ligne de gauche, de bas en haut : S, R, S, H.
2ème groupe (non représenté) : deux caractères : S, N.
3ème groupe (non représenté) : on perçoit cinq caractères groupés en deux lignes verticales mais illisibles.
4ème groupe (non représenté) : trois lettres dans le sens horizontal que l’on identifier : N, M, D.
5ème groupe : très longue ligne verticale de 8 caractères beaucoup plus gros que les précédents. On peut lire : I / Y, I / Y, S, L avec un N à côté, M, T, R.

IFRAN III

À une encablure au Sud-Est du site d’IFRAN II et le dominant se trouve un autre gros rocher de grès. Dans le flanc Ouest de ce rocher s’ouvre un abri, profond, véritable grotte, difficile d’accès dominant le sol de quelque 4 mètres. Les dimensions de cette grotte, aux parois sèches et lisses, sont de 4 m de long, 2,5O m de haut, 3 m de profondeur.

PEINTURES

Elles sont réalisées en ocre rouge très foncé. L’ornementation de grotte est très sommaire. En effet, on n’y découvre que quatre caractères libyques. Trois sont groupés en une ligne verticale : T, U, C.
Enfin un unique caractère H est isolé à gauche de la ligne. Le décalquage des peintures n’a pas été effectué.
On relève (il y a 50 ans) des traces d’aménagement apparentes. À même le sol, sept trous de 8 à 9 cm de profondeur et de 15 cm de diamètre alignés en bordure de l’ouverture semblent avoir servi de logement à des pieux, probablement reliés entre eux au sommet par un chevron dont les extrémités venaient s’emboîter dans deux mortaises creusées profondément dans la roche à 1,50 m du sol. À quelle époque peut-on attribuer cet aménagement ? Dans l’état actuel de nos connaissances, il n’est pas aisé de la déterminer. Mais, il y a de fortes chances que ce travail de clôture soit récent. Il reste peu d’hommes de Tifra pour valider la contemporanéité de cet aménagement, mais nous savons avec certitude que ces abris ont rempli diverses fonctions au siècle dernier.

  • IGHZER N HASSAN ET AZRU BWWAR.

INTRODUCTION

Les documents servant à connaître la protohistoire (période de transition entre la préhistoire et l’histoire, c’est-à-dire le temps compris approximativement entre le IVe et la moitié du Ie millénaires avant J.-C., selon les régions) sont d’une part des monuments, d’autre part des récits rapportés par des historiens antiques. Pour qui souhaite connaître, sinon comprendre, l’art rupestre préhistorique et protohistorique dans notre région comme partout ailleurs en Afrique du Nord-Sahara, des interrogations surgissent, toujours les mêmes : quand et où telle forme d’art, gravé ou peint, telle manière de représenter, tel style est-il apparu ? Pour la première, faute d’avoir encore trouvé (sans doute jamais, les gouverneurs des provinces nord-africaines n’étant pas disposés à éclairer le fanal du cimetière destiné à recevoir le corps en cours de décomposition de notre histoire) le moyen sûr et fiable de donner un âge absolu à une œuvre rupestre, on est réduit à des conjectures ou à des spéculations fondées sur des analyses iconiques, sur des comparaisons, des recoupements graphiques, des analyses de superpositions et sur l’observation de différences colorimétriques.
La deuxième question est également difficile à résoudre : si l’on peut déterminer les caractères qui définissent un style rupestre, c’est-à-dire, selon Le Grand Robert, « une manière particulière, personnelle ou collective, de traiter la matière et les formes en vue de la réalisation d’une œuvre d’art », sa délimitation dans l’espace reste toutefois fort délicate.
Cet art rupestre représente-t--il un univers mental symbolique, métaphysique ou simplement récréatif ? Les thèmes établissent-ils une relation intellectuelle avec une personne, une divinité, un concept, une chose et non pas la ressemblance d’une image ? Lever quelque peu un coin de l’épais voile de mystère qui entoure ces représentations est un travail titanesque qui exige des moyens humains et financiers considérables et surtout une volonté inébranlable. Nous sommes conscients que notre action relève du domaine du ‘’bricolage’’, mais elle a le mérite, nous semble-t-il, d’interpeler qui de droit et de montrer cette face cachée de notre patrimoine.
Le relief de la région (d’Aït Iften à Taqsevt en passant par Tifra) n’est pas du type karstique, en revanche, il possède de nombreux abris sous roche (les deux rives d’ighzer n Hassan jusqu’à Lqel3a, Ifran sur la rive droite d’ighzer n Sahel et ceux situés en amont de la confluence d’ighzer Amezzyan et d’ighzer Amuq°ran de Tifra, Tiqenturt n Tfuzelt…) susceptibles d’’’heberger’’ des preuves de la présence humaine des temps préhistoriques et protohistoriques. Nous portons à la connaissance des gens curieux quelques-uns des sites fort intéressants de la région.

DES INDICES POUR LA CHRONOLOGIE

Dès lors que l’on ne possède pas de moyens sûrs et fiables de donner un âge absolu à une surface rocheuse ornée de gravures ou de peintures, on est réduit à réunir des faisceaux d’indices indirects qui aident à établir une périodisation de l’art. On estime, par exemple, que telle œuvre est postérieure ou antérieure à telle autre en appliquant les principes généraux de la stratigraphie aux superpositions apparentes des œuvres par recoupements ou entrecroisements des traits gravés par addition de couches picturales qui se recouvrent plus ou moins. La nature des sujets représentés peut également indiquer une ancienneté relative. Enfin, les cortex, les patines ou les crasses naturelles qui recouvrent les surfaces rupestres et dont on tâche de déceler l’ancienneté relative par la couleur – les teintes sombres étant plus âgées que les teintes claires – et par divers moyens physiques, chimiques et microbiologiques, au laboratoire, peuvent donner des indications.
Tout cela aide, bien sûr, à déterminer une chronologie relative de l’art, mais on reste loin d’un accord entre les spécialistes, selon que les uns et les autres privilégient plus ou moins tel ou tel critère.
Dans l’histoire de l’humanité, l’économie de prédation dont la chasse fait partie a partout précédé l’économie de gestion des ressources dont font partie la domestication et l’élevage de plusieurs espèces d’animaux.

  • IGHZER N HASSAN (TASSALAST) :

La rivière qui récupère les eaux des pentes abruptes de Mayac et de Lqel3a et se jette à Tasalast était un lieu fréquenté par des groupes de populations dites paléoberbères. Le lieu est propice à la présence d’abris sous roche. À un kilomètre au Sud-Ouest de Tigzirt, à quelque 200 mètres de la rivière, entre les deux routes de Tala Mayac et de Lazayev, se trouve un mamelon rocheux et boisé, truffé d’une douzaine d’abris sous roche. Les rochers de grès numidien, à gros grain, sont attaqués par l’érosion marine.
Dans la partie supérieure de cet amas rocheux se trouve un abri de dimensions modestes, 1,80 M X 1,90 m x 0,70 m de profondeur, d’accès difficile, surplombant le sol d’une hauteur de 2,50 m, portant des traces de peinture rupestre. L’ocre rouge utilisée pour tracer le motif paraît délavée. L’essentiel en est constitué par un signe ressemblant à un L renversé, la branche verticale mesurant 7 cm, l’horizontale 5 cm et l’épaisseur moyenne 1,5 cm.
À gauche et en haut de ce motif, une tache rouge vif semble être un vestige d’une peinture détruite par l’érosion. L’abri est ponctué de traces linéaires et de taches résiduelles. La ‘’pauvreté’’ des motifs n’a pas incité R. Poyto et son équipe à faire un relevé par calque.

  • AZRU N WAR (AZRU B°B°AR°)

Nous avons déjà évoqué ce village, notamment son étymologie, qui occupe une vaste clairière, au milieu de la forêt de chênes-lièges de Mizrana. En son milieu, se remarque un énorme rocher, situé à égale distance du point culminant de la montagne voisine et de la rivière Mayac, sur un terrain composé de gros blocs de grès numidien, d’éboulis et de limons rouges.
Vu du Nord-Est, le fameux rocher présente un à-pic vertigineux d’une trentaine de mètres alors que la face Sud-Ouest ne s’élève qu’à quelque 9 mètres. Sa paroi Est s’incurve, formant un important abri sous roche de 8 m de haut sur 7 m de large et de près de 5 m à l’endroit le plus profond à la base. L’abri est efficacement protégé des vents d’hiver de Nord-Ouest et, par conséquent, devait servir d’habitation (permanente ou temporaire). La paroi lisse, polie, jaune et or par endroits, porte encore des peintures rupestres tracées à l’ocre rouge. L’ensemble est représenté sur cinq panneaux dont la conservation est inégale.

PRÉSENTATION DES PEINTURES
Pan
neau I
Ce panneau se trouve à l’extrémité droite, à 4 m du sol. On trouvait (est-il toujours sur place ?) un bloc détaché de la masse qui gisait au pied de cet abri. On peut diviser ce panneau en trois lignes verticales de caractères libyques. Les deux premières lignes sont apparentes et nettes, en revanche, celle de gauche n’existe plus qu’à l’état de vestige difficilement interprétable.
*La première ligne de droite, composée de quatre signes (caractères libyques) peut être interprétée de bas en haut, selon les indications de Chabot (libyque vertical de bas en haut) :
-B
-R (R vibrante sonore)
-T (T apico-dentale sourde, emphatique)
-L
*La deuxième ligne, composée de 6 ou 7 caractères libyques, est beaucoup plus difficile à lire :
-B (réalisation fruste)
-un double T lié (interprétation de R. Poyto suivant Chabot). Pour notre part, nous considérons que le troisième caractère (effectivement un T) est fortuitement lié au deuxième caractère, celui-ci pouvant être un G mal exécuté.
-R (quatrième caractère)
-U (son ‘’OU’’)
-K (dont une des deux parties est assez effacée). Pour notre part, nous considérons qu’il est quasiment impossible de donner une correspondance.
*La troisième ligne, laissée à l’état d’esquisse, est absolument illisible et non interprétable.

Panneau II
À un mètre à gauche et légèrement plus bas, apparaissent deux lignes d’écriture verticale, libyque.
*La première ligne (de bas en haut) comporte six signes, dont trois autorisent une interprétation (très aléatoire) :
-T (on peut constater que le T est habituellement tracé par un trait verticale barré par une ligne horizontale. Ici, ce signe n’est pas réalisé de cette manière. La correspondance que lui donne R. Poyto est donc hypothétique).
-I deuxième caractère (difficilement acceptable) ou Y.
- double T, cinquième caractère (non convainquant).
Les autres signes ont une facture qui ne permet pas de les rattacher à l’alphabet libyque connu.

Panneau III
Plus à gauche, à 1,50 m et à 1,80 m du sol actuel, un signe unique de 26 cm de long sur 10 cm de large, représente, selon le jargon des préhistoriens, un homme ithyphallique très stylisé. Bras et jambes en croix, tête grosse et surtout représentée par un disque évidé, donc figuré par trait digité circulaire.

Panneau IV
Toujours vers la gauche, à 2,50 m et sensiblement à la même hauteur, apparaît une ligne verticale de caractères libyques :
-T ( ?)
-U (son ‘’OU’’)
-signe de gutturale (trois traits horizontaux), éventuellement H (h aspiré).

Panneau V
Presque à l’extrémité gauche de l’abri, un groupe important de signes très altérés par l’érosion et des badigeons modernes ne peut être reproduit avec certitude. Interprétation impossible.
L’abri du ‘’Rocher du Lion’’ orné est important par son exposition, ses dimensions et son accessibilité. Il a vraisemblablement été habité. Sur la face Ouest du rocher, un sanctuaire classique, enceinte circulaire, cimetière et arbre sacré (a3essas antéislamique), reste encore un lieu de culte.

PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT
PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT
PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT
PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT
PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT
PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT
PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT
PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT
PEINTURES ET GRAVURES RUPETRES DE TIGZIRT

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